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Vendredi 3 avril 2009 5 03 /04 /Avr /2009 18:46

 

Du destin singulier de la restrictive

considérations vainement grammaticales

 

Ah ! Arrrgh ! Ciel ! Enfer ! Voûte céleste ! Opprobre ! Chancre et putréfaction ! Qu'est-ce que j'apprends ? Tu ne serais finalement « que prof de Lettres » ?

Mais comment diantre te laisserais-tu choir en pareil désarroi ? Mettant ta fougue talentueuse aux fers de l'Institution... J'en tressaille...

Car enfin, nulle considération ne naît des subsides malheureux (2300 euros mensuels) – puisque c'est à l'aune du titre salarial qu'on juge à présent, sache-le la valeur des âmes – que te laissera le peuple grouillant pour tes services rendus.

Pour la vaine reconnaissance de quelque âme perdue qui retrouverait dans tes cours le chemin de l'envie, pour la trace éternelle de ton verbe mordu par l'injustice et la folie ? Voilà tous les honneurs que tu brigues en secret et l'amour insatiable des têtes pourfendues qui veulent savoir où est le vrai ?

Non ! Je n'ose y croire. Je ne veux y souscrire : gâchis infect, sombre traîtrise. Vilain fonctionnaire « cancrelatesque », ce n'est pas une ambition vraie.

Les humains, il ne faut pas les rendre bons, il ne faut pas les rendre beaux, il ne faut pas les rendre grands... Contentons-nous de ce qu'ils sont, masses de viande, indifférenciés...

Il vaut bien mieux les anesthésier ! Anesthésiste ! Voilà la philanthropie à la mode !

Enlevez-leur la douleur du corps, pour qu'ils ne songent plus qu'ils ont un corps. Repoussez l'image de la Mort elle-même pour qu'elle cesse de les tourmenter. Bon sucre d'orge ! Douceur lactée des doux menteurs...

Oui, je l'avoue pourtant – bien placé ? Je le suis – je ne me remémore pas précisément le nom du brave apothicaire qui, il y a un an de cela, m'anesthésiait vaguement pour qu'on me charcutât...

Mais quand même entre bobos qui convenons sagement, entre soi, des bons préceptes de la vie, reconnaissons que l'Ecole, vilaine chimère qui n'a pas eu l'heur d'entrevoir nos talents incontestables, confine au sommet de la hantise ! Qu'a- t-on à faire de la vérité après tout, quand on peut se prévaloir – pourvu qu'aucun contradicteur, lettré peut-être, n'assombrît notre baragouin de son spectre nauséabond – d'une culture d'apparat qui brille « follotement ».

Oui ! Je l'avoue finalement. Cette aura majestueuse, ce panache éternel, ce dilettantisme sublime, pour 2300 euros ? Non ! Laisse-moi ricaner !

On sait de quoi l'on parle, nous ! Et comment. On n'est pas rien, nous...

 

 

Ô que ne me rapporte-t-on pour la dernière fois, ces discours ineptes et venimeux qui fustigent déjà tes cours de l'être futurs, anticipation perpétuellement mouvante de la vie qui s'avance...

Qu'ils ruminent en silence ces microbes honteux ! Nos « ailes de géants » sur leur glèbe bourbeuse étend leur ombre immense qui n'a que faire d'eux !

J'ai hurlé à entendre le récit de ces mots, pardonne-moi un peu, j'ai répondu pour toi. Auprès de ce témoin de ces dires merdeux, j'ai porté la bannière des poètes d'hier, noblesse ensevelie de nos cœurs d'aujourd'hui, tout ce qui fait de nous, petits soldats d'Eros, un rempart merveilleux contre ces taxidermistes souffreteux !

 

Laissons-là ces gredins. Disons que j'aimerais parfois me trouver à tes côtés pour mieux rendre au centuple ces petits coups mesquins...

Puissé-je te laisser quelques traits de secours pour expédier au Diable ces pauvres importuns !

 

Manu

 

Par Manu Ambrosi - Publié dans : Ecrits personnels
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Vendredi 3 avril 2009 5 03 /04 /Avr /2009 18:36

C'est toujours comme ça... Les fâcheux, quand tu es en forme, ça se tortille, ça se trémousse, en circonvolutions grotesques, ça vient laper, ou simplement, comme les vautours qui savent attendre sur le promontoire que quelque effluve morbide vînt leur exciter les papilles, ça attend... A bonne distance !

    Mais, pour peu que tu t'arrêtes quelque temps à l'ombre d'un vieux chêne, au rire d'une fontaine, déjà sous l'herbe haute et molle traîtreusement, rampent la hyène indigne, et l'odieux serpent.



Par Manu Ambrosi - Publié dans : Ecrits personnels
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Samedi 11 octobre 2008 6 11 /10 /Oct /2008 18:37

A Ilona…

lundi 10 octobre 2005

 

De la fierté qu’on retire de la réussite de ses élèves

 

Maintenant, je vais tâcher de répondre si c'est possible à la question de ton prof de piano ainsi reformulée : quelle est la part de responsabilité - positive ou non - qu'un enseignant peut s'attribuer dans la réussite de ses élèves ?

 

1)      - Différentes conceptions de l'homme :

 

Si l’on croit que Dieu a fait l’homme avec une destinée, un libre arbitre restreint, la réponse est simple. L’enseignant n’est qu’un déversoir à leçons, un diffuseur de préjugés, un prévaricateur… L’homme est une machine qu’il faut dresser en combattant les tendances instillées dans son âme par je ne sais quelle diablerie ! Laissons-là ce propos. L’enseignant n’a aucun rôle à jouer, le Destin seul préside à la réussite scolaire.

Mais je crois pour ma part que si l’homme naît avec une structure cérébrale génétiquement acquise qui le rend apte à l’acquisition langagière et extra-langagière (je ne développerai pas ici ce second point), il arrive sur terre avec un héritage intra-utérin important et qu’il va se construire au fur et à mesure de son existence. Je rejoins donc sur ce point l’existentialisme : nous sommes faits de ce qui nous environne. Pour répondre à la question initiale, je dirais qu’indubitablement, ton professeur à bien laissé son empreinte dans ta vie (que tu en aies ou non le souvenir d’ailleurs). Il fait partie de tes rencontres et la place privilégiée qu’il a occupée de par son statut fait qu’il a eu plus d’influence que d’autres (tes amis par exemple).

 

2)      – La part des parents est essentielle :

 

La personnalité d’un enfant est formée définitivement à l’âge de cinq ans, c’est pourquoi sa socialisation en maternelle est déterminante, comme le souligne le linguiste Alain Bentolila. La construction de la personnalité, l’acceptation des tabous liée à l’intégration du rapport d’autorité, les traumatismes irréversibles, enfin, le rapport de l’individu au monde sont posés. Il est extrêmement difficile de modifier ces acquis par la suite, surtout en bien ! Des événements traumatisants (par exemple en situation scolaire) peuvent détruire cette personnalité mais rarement la changer. Malgré tout, ce qui sera facilement modifiable, c’est le développement intellectuel (néo-cortex) et la mémorisation culturelle.

Les parents jouent donc un rôle déterminant dans cette phase. Et bien sûr, ce sont eux qui ont la plus grande part dans la construction d’un individu. Dans la majorité des cas même (comme le précise Jung), les enfants ne sont que des copies conformes de leurs parents, sorte de « clonage psychologique » qui interdit au plus grand nombre de se forger sa propre individualité. Et ce processus n’a rien à voir avec le niveau d’études (ex : les lignées de médecins ou d’instituteurs), il est appelé « individuation » et ne peut se construire que par le conflit, la rupture, l’émancipation.

Cependant, ton professeur de musique commet une erreur : si vous avez réussi scolairement – ce qui ne veut pas dire grand chose, car cela ne signifie pas que vous allez réussir votre vie ! – ce n’est nullement lié au fait que vous soyiez «  fils et filles de gens déjà
ouverts et intelligents ».
Bien sûr, l’attitude des parents face au savoir, leur respect pour les enseignants, le regard qu’ils portent sur leurs enfants lorsque ceux-ci réussissent, leur foi en l’avenir, sont des éléments déterminants dans la réussite scolaire. Mais, si cette attitude est essentielle elle n’est pas suffisante : des parents aux capacités intellectuelles modestes peuvent voir leur enfant réussir scolairement et atteindre le plus haut niveau (c’est à dire la recherche). D’ailleurs, il n’est nul besoin d’être un génie pour y parvenir !

Par malheur, on voit fréquemment des enfants échouer là où leurs parents avaient brillamment réussi ! L’attente trop importante des parents produit souvent l’effet inverse, et le fait qu’ils « poussent » leur enfant ne peut être à long terme que nuisible. De grands gâchis sont ainsi provoqués !

 

3)      - L’enfant lui-même :

 

 Ainsi conditionné, il ne semble jouir que d’une marge étroite de liberté, pourtant, il a eu depuis sa plus petite enfance des choix à opérer, qui l’ont conduit à des expériences diverses. Pour peu que son milieu lui ait permis de faire lui même l’épreuve de ses sentiments, l’individu a pu découvrir l’empathie ou la cruauté, l’amour ou la haine, le parole ou le silence. Selon les choix effectués face à des situations particulières, l’enfant a construit son parcours. Je me plais à croire qu’il dispose quand même de cette petite frange de liberté. Pour l’enfant battu, qui malgré tout ne bat pas les autres…

 

4)      – Le rôle de l’enseignant :

 

Puisque notre vie est construite autour des rencontres que nous faisons, l’enseignant a t-il un rôle privilégié dans la réussite de l’élève ?

De manière générale, c’est « un tiers privilégié » : au moment où l’enfant doit quitter la cellule familiale, où il s’extirpe de la toute puissance parentale, il trouve sur son chemin, d’autres adultes qui vont servir de réceptacles à ses projections. Il va déplacer la relation parentale vers ces autres référents adultes dans une relation très fortement affective (amour / haine). L’adolescent se façonne une personnalité en choisissant de rejeter ou d’adopter tel ou tel modèle d’adulte et ce, indépendamment du modèle parental (ce qui a le don d’exaspérer ces derniers !)

                        Encore une fois il choisit, même si la domination matérielle des parents a souvent raison du processus d’individuation.

 

            Mais l’enseignant n’a pas grand chose à faire là-dedans ! Me répondras-tu. Je ne sais pas ce que font les autres, mais voilà comment je procède. L’influence de l’enseignant, dépend de trois facteurs : la maîtrise qu’il a de sa discipline est déterminante. On ne souhaite pas s’identifier, ni même écouter quelqu’un qui ne sait pas vraiment – au fond – de quoi il parle. C’est la passion qu’on éprouve pour son objet qui rend le discours passionnant.

Cependant, ça ne suffit pas ! Le savoir ne se transmet pas ainsi, il existe des techniques. L’enseignant a appris à mettre en scène l’acquisition du savoir : il met en place une stratégie qui part de l’analyse fine du fonctionnement mental de ses élèves pour les aider à se frayer un chemin vers l’autonomie intellectuelle. Il s’agit donc tout d’abord de briser les fausses conceptions et les habitudes de paresse intellectuelle.

A présent, je vais te parler de mon expérience. J’enseigne la langue : le seul moyen d’acquisition intellectuel. Pas de pensée sans langage (cf. tes cours de philo). J’ai donc une responsabilité importante, car du développement intellectuel de mon élève dépendra sa maîtrise du discours. Même si la responsabilité de cette acquisition se dilue sur la totalité des enseignants !

Je pars de points de vue philosophiques anciens. « Apprendre, c’est prendre avec soi (Alain) » : c’est un acte de volonté, c’est l’élève qui apprend, pas le maître qui lui apprend ! Pour cela, il faut mettre en route la spirale du désir : « je t’admire si tu parviens à jouer le jeu, à acquérir les connaissances que je te propose, je me mets autant que possible à ta portée et quels que soient les obstacles, je ne renoncerai jamais le premier. » Cette relation, ce contrat d’admiration réciproque (en retour l’élève est admiré pour sa réussite) entraîne ce que Rousseau appelle « le désir d’apprendre ».

Pour ce faire, il faut que je démystifie la note, le doigt de Dieu qui s’abat sur l’élève. Observe ta prof de Louis le Grand : et bien je fais le contraire ! Je désacralise ma propre image, de manière à ce que mon jugement n’apparaisse jamais comme un jugement de valeur. Mon évaluation doit seulement permettre à l’élève de s’évaluer lui-même ! Et je lui enseigne l’exercice de sa liberté. Il ne s’agit pas pour moi de l’impressionner avec une explication de texte époustouflante dont les ouvrages critiques regorgent – même si je dois avouer que j’aime bien épater la galerie moi aussi ! - il s’agit d’inciter l’élève à former sa pensée, pas à singer la mienne.

Une fois le rapport hiérarchique passé au second plan (voir l’école autonome de Victor Hugo), on peut s’immiscer dans le raisonnement de l’élève pour lui permettre de le rendre plus efficace. Je fais surgir les préjugés issus de la culture déjà intégrée par l’élève, et je les mets de manière systématique à l’épreuve de la raison. Certains diront que je détruis tout, mais c’est inexact : je pose les évidences sous forme de questions.

C’est à ce niveau qu’interviennent les outils d’analyse textuelle. On peut avoir, grâce aux sciences du langage, une approche assez « scientifique » des discours. L’élève est invité à appliquer ces outils d’analyse. Et si par hasard, les opinions qu’on lui avait gentiment léguées s’en trouvent ruinées, alors c’est qu’elles ne tenaient pas l’analyse ; je ne puis que m’en féliciter, même si je sais que l’élève va ressentir un sentiment d’inconfort intellectuel quand ses certitudes vont s’effondrer. Nous appelons cela « acquisition de l’esprit critique ».

Enfin, on doit faire du discours un acte théâtral, pour l’inscrire dans l’expérience. En faire « un moment de vie ». Anecdotes et digressions, loin de « parasiter le cours » servent à l’ancrer dans un univers haut en couleur, affectif, collectif. Comme le montre Proust, les pensées s’incarnent dans le monde matériel, et la discussion autour de tel ou tel emploi d’un terme forme un décor, une balise mnémotechnique qui permettra à une notion abstraite complexe de prendre corps. Le cours ne doit plus être alors une logorrhée qu’on recopie, mais une pensée à l’élaboration de laquelle chacun participe.

Ainsi, le cerveau s’habitue à ce rapport au texte, au discours, et ça devient un réflexe. Quel que soit l’âge où cette pensée critique est mise en place, une fois que le cheminement a été effectué, il devient une attitude. C’est l’intelligence. Les autres méthodes relèvent principalement du dressage ! L’armée conditionne le soldat pour qu’il puisse répondre immédiatement à un ordre, moi, je tâche de briser systématiquement cet automatisme. Le réflexe, c’est de mettre en question, d’analyser, de conclure. Tout formuler !

Alors pour savoir si l’enseignant a un rôle dans la réussite scolaire, il faut se demander s’il a laissé (non pas forcément des traces conscientes, quoique ce soit obligatoire s’il a bien « mis en scène » ) des schèmes. Le savoir savant en lui-même, le contenu du manuel sera le plus souvent englouti dans l’oubli, mais qu’importe, l’élève sachant se frayer lui-même la route vers la connaissance ?

D’autre part, le rapport affectif, d’admiration, « si j’étais un adulte, j’aimerais ressembler à celui-ci, celle-là », avec la variante « je paierais cher pour me marier avec ma prof d’EPS » qui n’est autre que le « quand je serai grand, je me marierai avec ma maman – l’œdipe – revisité par l’adolescence !

 

Alors, j’aimerais dire à ton professeur que pour cet ensemble de raisons, oui, il a contribué à la réussite de ses élèves, même si cette gloire doit être partagée avec tous ceux qui en ont fait autant et surtout avec l’élève qui ne doit qu’à lui-même l’hypothèque des heures de labeur passées, qu’il a consenties et qu’il ne devait en réalité à personne ! Ce temps qu’il a utilisé, il était libre pourtant d’en faire tout autre chose… Car enfin, la vie n’est pas si longue et l’on ne retire guère de tous nos sacrifices les bonheurs escomptés ! Mais ça, on ne le dit pas à nos pauvres brebis, là n’est pas notre mission !

Il est question aussi de la réussite « du système ». Indéniablement nous possédons une école très performante, la plus performante au monde si l’on considère la proportion de la population qui atteint un niveau d’étude élevé et l’origine sociale des étudiants ! Cependant, il y a une faille dans le raisonnement : ton professeur ne peut conclure à la réussite d’un système dans la mesure où ce système est juge et partie. Etre en prépa n’est pas une réussite en soi : ce n’est qu’une réussite du système à l’intérieur de lui-même, c’est-à-dire selon ses propres critères d’évaluation. Alors que l’élève qui estime, au terme de ses études avoir réussi à atteindre les objectifs scolaires qu’il s’était fixés, peut déclarer sa réussite. La réussite ne consiste pas à intégrer une école, mais avoir acquis une culture et une intelligence élevées, dont on puisse bénéficier durablement, pour toutes les circonstances de la vie, individuelle, familiale, sociale, politique, professionnelle… C’est en regardant le citoyen qu’on peut juger de la « réussite », pas en observant son cursus : il est regrettable de constater que des hommes indignes au cursus brillant s’illustrent chaque jour !

 

Chaque professeur ne contribue pas de la même façon à cette réussite. Question de volonté, de conception, de moyens ? Si on raisonne a contrario, on peut se dire que l’élève qui a des professeurs aux compétences douteuses ne réussira pas. Si les bases linguistiques sont mauvaises, la réussite est compromise. Certains ont même dû renoncer à leur projet d’orientation pour n’avoir pas pu surmonter des lacunes trop importantes.

Le professeur n’obtient pas le même résultat avec chaque élève à cause des autres facteurs évoqués et aussi du rapport affectif différent qui s’établit entre chaque individu, quelle que soit la qualité de la séquence didactique.

 

 

 

                        Il n’y a de réponse à cette question que dans le cœur de chaque élève. Rares sont les professeurs qui ne racontent pas avec nostalgie les cours qu’ils recevaient de quelque aîné. Et me voilà, moi aussi, rudement fier de vous…

 

 

                                                                                                                      Manu

Par Manu Ambrosi - Publié dans : Ecrits personnels
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