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Journal Ellipse n°2

Sommaire
LITTERATURE
Jeunes auteurs : formes courtes
ACTUALITE
Quelques brèves plus ou moins « bricolées » qui ont marqué l’année scolaire de la rentrée de janvier à juin 2005
SOCIETE
Humeurs :
Chaos
Paris-Dakar
Non !



 
Quelque part en Champagne                                                                      Thomas Louis                                      
4 mars 1915                                                                    3ème escadron,                                                                                                                                                                                                                                                                                         n                                                                   5ème compagnie,2ndrégiment                                                                                                                                                                                      j                                                                              6ème escouade 


ô mon amour,

La champagne, tu sais, est une fort jolie région. Elle est située dans l'Est du bassin parisien et s'étend sur plusieurs centaines de kilomètres en de vertes plaines et de petits bois. La neige n'est pas encore tombée ici ; mais cela ne saurait tarder : il fait très froid, et tout est plongé dans une sombre et étrange immobilité feutrée, celle qui précède souvent les longs jours de tempête.
Si je ne t'ai pas écrit plus tôt, c'est que je n'en ai pas eu le temps, et je te prie de tout mon cœur de m'excuser ; ici au front, rares sont les occasions de s'occuper de soi-même.

Le 28 août de l'année dernière, en m'engageant, et de ce fait en choisissant l'amour de ma patrie plutôt que le tien, je n'aurais jamais pensé en arriver là. Je pensais "on va leur mettre la pâtée rapidement, on rentrera en héros, et puis basta! je reviendrai me blottir tout contre son corps…" mais je pensais pas qu'on en verrait en vrai des Allemands, qu'on devrait leur tirer dessus, et ce jusqu'à ce qu'il n'en reste guère, des Allemands; je croyais pas qu'il faudrait vraiment se battre, souffrir, endurer mille et une misères et persévérer, se blesser, voir ses copains tomber, et puis tout ça… J'étais bien content moi au début, avec mon bel uniforme, mes bottes reluisantes en cuir, mon casque étincelant et ma douce Rosalie, j'étais bien fier, çà oui ! On marchait tous au pas en clamant la Marseillaise et on en ressentait, de l'orgueil, nous, parce qu'on y allait là-bas verser notre sang pour la patrie – la Patrie avec une grande majuscule en forme de "Protège-nous", qu'on se l'imaginait comme ça nous en l'entendant. Et puis y'avait les civelots qui nous acclamaient; les hommes nous approuvaient, les femmes se pendaient à notre cou, les enfants  nous admiraient ; on n'avait pas trop à s'en faire, au début, on était déjà, sans rien avoir fait, les héros de la guerre, les vainqueurs d'avance, les hommes virils, volontaires, valeureux, avisés et pleins de bravoure, qui se dévouaient au nom de la France. Il n'était pas un bistro où on ne nous offrait un verre, et où on ne faisait un cercle autour de nous, un cercle respectueux et admiratif, duquel sortait généralement un vieillard tremblant d'émotion qui en serrant quelques mains nous marmonnait en hochant de la tête " c'est bien mes petits, cette fois on va les avoir ces boches, faut pas s'en faire, bientôt on ira faire pousser nos vignes sur leurs tombes, en Alsace-Lorraine !".

Aussi nous arrivâmes dans la Marne, où devait se passer la première bataille, la tête gonflée d'optimisme, de joie, tout frétillants d'excitation, belliqueux, orgueilleux, avec à l'horizon l’aperçu d'un avenir chargé d'honneurs, de récompenses et de reconnaissance. Nous ne nous attendions pas du tout à ce qui s'allait passer.
Le 3 septembre, le lieutenant Gaspin nous informa que nous ne participerions pas à la bataille prometteuse que s'annonçait être celle de la Marne. On resterait en retrait encore un peu. On n'était pas encore prêts, il fallait attendre; mais si on avait vraiment besoin de nous, qu'on se rassure, on accourrait immédiatement. Nous ne pûmes retenir ni cacher notre déception: nous attendions ce moment avec tant d'impatience ! Enfin prouver notre vaillance au combat !… Leur montrer un peu de quoi on est capable !… Casser de l'ennemi un peu !… Depuis le temps qu'on attendait, était montée en nous une rage de combattre, une haine inexplicable envers ceux qui seraient en face, on ne pensait plus qu'à ça, les écraser, les détruire ; et voilà qu'il fallait encore attendre !…
On n'eut pas besoin de nous. Ils se débrouillèrent très bien tout seuls, le général Joffre – dont tu as peut-être entendu parler – eut l'occasion de se faire connaître grâce à ses fameux taxis qui lui valurent la victoire; et nous apprîmes cette nouvelle avec une sombre et amère joie. Nous aussi, nous aurions pu en faire de même. Peut-être mieux, qui sait ? On nous volait notre mérite ! Nous étions cependant tout requinqués par cette première victoire; et pour se consoler on se disait que la prochaine ce serait à nous qu'ils la devraient.
Le lieutenant Gaspin, je l'aimais bien, moi, au début. Il était gentil avec tout le monde, il parlait doucement mais clairement, et puis il nous faisait beaucoup rigoler. Quand il imitait les Allemands en train de prendre une tranchée, c'était à se rouler par terre. "Ach ! " qu'il s'exclamait tout le temps, et ça suffisait pour nous mettre de bonne humeur pour la journée. Mais voilà qu'il a fallu commencer à s'entraîner, et là tout de suite ça a été beaucoup moins drôle. Il nous fit marcher dans tous les sens, courir à perdre haleine, ramper dans la boue et sous la pluie, chanter au garde-à-vous pendant des heures, sauter, s'accroupir, se relever et puis recourir et ramper encore; la nourriture qu'on nous donnait était infecte, les lits de camps trop durs, les heures de lever inhumaines, l'intensité de l'entraînement épuisante et la manière de nous traiter ignoble. Il nous criait dessus toute la journée, des ordres des injures et des menaces, il était devenu tout sec le lieutenant, plus du tout gentil avec nous, tout ce qu'il voulait le lieutenant, c'est qu'on se conduisît en de braves petits soldats de plombs, avec du plombs dans la tête et du plombs dans le cœur, et qu'on obéît promptement, précisément, aveuglément aux siens, d'ordres, le lieutenant.
Quand nous fûmes enfin fourbus, cassés, affamés, épuisés, déprimés mais programmés à exécuter docilement tout ordre qu'il fût, on nous emmena au front. C'est en Champagne que la France plaçait à présent ses espoirs, en lançant une grande offensive qui devait repousser considérablement l'Allemand. Mais dans les camions, bourrés au maximum de soldats, qui nous menaient là-bas, brusquement, je me rendis compte que je n'avais plus du tout envie de me battre. L'euphorie passagère du moment était passée, et dans ce camion je me sentais transporté comme du vulgaire bétail, de la chair à canon, et je frissonnais. Le ciel sombre était menaçant, l'air lourd, chargé d'électricité, et soudain j'eus peur. Je ne voulais pas mourir, moi. Tout à coup, tout me paraissait comme une énorme absurdité, cela ne rimait à rien, tout ça; pourquoi, pour qui, et d'abord contre quoi et contre qui ? J'avais l'impression de m'être engagé dans une immense mise en scène qui m'entraînait dans des abîmes trop profonds et allait bientôt me dépasser. Je m'apercevais que quoi que je fisse à présent, je ne pouvais ni revenir en arrière ni reculer. J'étais bloqué, coincé, piégé par cette machination dans laquelle je m'étais engouffré si enthousiaste. Je regardai autour de moi: les hommes riaient entre eux, se vannaient, vantaient leurs récents exploits, chacun monologuait avec hardiesse et de grands et larges gestes, tous ils parlaient fort et bien, ils étaient sûrs d'eux, ils n'avaient pas peur, ils n'y croyaient pas, eux, à la mort, ils disaient tout haut "mourir pour la Patrie" mais tout bas ils pensaient "ces choses-là n'arrivent qu'aux autres, moi jamais; tant de morts depuis ma naissance, et moi toujours pas ? non non, rien à faire je vous dis, je suis immortel. Les obus auront beau  tomber, et les allemands tirer, les rats, la peste, la pneumonie et les arrêts cardiaques s'acharner sur nos rangs, ce ne sera jamais pour moi"  et, d'un regard condescendant, ils se souriaient chacun cordialement, avec compassion, presque, pleins d’une bonne sollicitude, mais se disaient intérieurement "pauv's gars, s'ils savaient ! Si crédibles dans leur rôle, s'ils savaient! Moi seul survivrai ! ". De mon côté, quand la peur céda sa place à la panique, je me pris la tête entre les mains et me mis à suer à grosses gouttes. Tout cet héroïsme naïf me retournait l'estomac, j'avais envie de me lever et de leur crier de ne pas y aller, là-bas ç'allait être  un carnage, une boucherie, qu'ils ne vendent pas leurs vies pour un morceau de gloire, ça ne servirait à rien; et puis la vie ne tient souvent qu'à un fil, mais on ne s'en rend pas toujours compte. Moi je venais de le faire, de m'en rendre compte, et c'est tout juste si je me faisais pas dessus, dans les camions qui nous y menaient justement, là-bas. D'ailleurs, on arrivait. Tout tremblant, les jambes en coton, le cœur battant la chamade, les yeux troubles, la démarche incertaine, la tête prête à exploser et tout le corps trempé de sueur, je parvins non sans peine à me maîtriser et sortis du camion encore tout chamboulé.

Aujourd'hui si je t'écris ma douce, si je prends le temps de le faire alors que du temps j'en ai si peu, c'est parce que je ne sais pas encore combien de temps je tiendrai. Je veux te raconter, tout, j'ai besoin d'une oreille, de la tienne, si attentive, si compréhensive, si lucide; je veux que tu saches, que tu comprennes, si jamais je venais à ne point revenir… Je t'aime, je t'aime tant, si tu savais, chaque jour qui passe – si horrible soit-il – ne réussit pas à me faire oublier toutes tes grâces, tous tes charmes; et chaque jour qui passe ravive des souvenirs brûlants… tu te rappelles ? Mais le temps qui passe et nous fait vieillir (c'est bien là d'ailleurs son seul savoir ) m'oblige à couper court à mes rêveries…

Les premiers combats commencèrent le 15 février. Juste avant qu'ils commençassent, la veille je crois – l'ambiance dans le camp était festive, le moral des troupes au plus haut et moi mort de trouille – le commandant de notre section, un colosse d’un mètre quatre-vingt-dix avec une tronche marrante, vint nous voir et nous tint (à peu près) ce discours, le même que devaient sûrement tenir tous les commandants de la terre – qui sait s'ils ne les reçoivent pas des mêmes personnes, leurs ordres?  :
« Mes chers et braves soldats… »
Déjà rien qu’ici dès le début ça s’annonçait pas bien. Chers ? y nous connaissait même pas tous. Braves ?  Preuve que moi il me connaissait pas…et pis pour la plupart on s’était encore jamais battus, alors braves… Je le laissai continuer.
« Vous n’êtes pas sans savoir que demain, ce sera la guerre ; la vraie. »
De mieux en mieux. Certes, nous le savions, et bien encore, que demain ça le serait, la guerre. En effet, il aurait fallu que nous fussions vraiment obtus pour feindre de l’ignorer encore, à moins que nous le fissions exprès. Et puis moi, çà non que je l’ignorais pas ; depuis des jours et des jours que je ne dormais plus, mangeais plus et parlais plus parce que j’arrêtais pas d’y penser, moi, à la guerre… La « vraie » guerre, qu’il avait dit… je m’interrogeai. Y avait-il réellement de « vraies » ou de « fausses » guerres ? Sous quels critères ? A quoi reconnaissables ?
« J’attends donc de vous le plus fervent patriotisme, la plus brûlante rage au combat, car ceux d’en face feront de même, et n’auront pour vos pauvres âmes aucune pitié ; ils ne vous laisseront aucune chance, à vous de la prendre. La France à besoin d’hommes comme vous, braves et forts ; ne faillissez pas à votre devoir et à votre honneur, battez-vous courageusement, obstinément, avec l’éternité dans la tête, pensez au présent de l’indicatif, comme si rien d’autre que le moment que vous vivez n’existait. Versez votre sang pour votre pays, votre mère-Patrie, mourrez s’il le faut, mais mourrez vainqueurs, aux côtés des plus valeureux, après vous être battus honorablement, mourrez pour la France ! »
Sur ce, malade de terreur, de dégoût et de colère, je cessai d’écouter les divagations idéalistes de ce pauvre fou hypocrite. Mais dans mon dos, je ne pus m’empêcher de l’entendre qui continuait.. La France nous considérait comme ses héros, crénom de nom, il ne fallait pas la décevoir, son avenir était entre nos mains, et puis malgré leur deuil, nos familles seraient heureuses que nous versions notre sang pour la patrie, elles non plus y fallait pas les décevoir. C’est ce genre de discours qui a pour résultat de me mettre hors de moi. Ce n’était pas lui qu’on envoyait demain au casse-pipe, ce n’était pas lui qui devrait tirer sur un illustre inconnu qui ne demandait sûrement rien de mieux que d’être tranquille chez lui aux côtés de sa femme et de ses enfants, toujours pas lui qui tremblait d’y laisser sa peau, encore moins lui qui laissait derrière lui la plus belle des fleurs de l’univers; lui donnait les ordres et se la coulait douce, il avait pas à s’en faire, lui, tout commandant qu’il était, il avait un minimum de bouffe, il avait un minimum de confort, la sécurité et tout ça, lui avait pas peur, il se savait à l’abri des bombes; je le haïssais. J’allai me coucher, en tachant de ne point penser au lendemain, qui promettait d’être meurtrier. Mon baptême de la mort, que je pensais amèrement.

Au matin, je fus le premier réveillé. Je me levai, et fis les cent pas dans les tranchées. Je tâchais de me calmer, de me raisonner, mais mon cœur à l’intérieur faisait tant de bruit et me faisait si mal qu’il était impossible que mes nerfs y résistassent. Je m’assis sur un tonneau qui était posé là, fermai les yeux et soufflai un grand coup. La terre humide des parois de la tranchée me rafraîchissait  le dos. Quelques gouttes me coulèrent dans le cou. Cela fit frissonner mon échine. Je collai mon dos le plus droit possible contre la paroi, essayant  de ne faire qu’un avec elle. Il me montait au nez des odeurs de terre argileuse et fraîche, de pluie et de vin aussi. Ce devait être le tonneau sur lequel j’étais assis. J’entendais le vent qui soufflait au-dessus de nos têtes. Il s’engouffrait çà et là, dans un couloir de la tranchée, susurrait des choses incompréhensibles et s’envolait.. Au passage, en frôlant mon visage, il fit flotter quelques instants une mèche de mes cheveux. Cela m’apaisa. J’aspirai lentement par le nez, et me rendis compte que j’étais tout à fait calme. Alors à ce moment là sortirent de tous les côtés des soldats, des fantassins, des tireurs d’élite, des caporaux, des généraux, des officiers, des sous-officiers, des capitaines, des commandants, des zouaves, des artilleurs, tous comme des furies, hargneux, fous furieux, agités et décomposés, il en venait de partout, enragés, assoiffés, haletants ; cela criait dans tous les sens, et par-ci aux armes citoyens et par-là 3ème escadron en première position, accrochez vos baïonnettes, et prêts à tirer, et là encore j’ai paumé mes bottes en cuir ; et moi, on passait devant moi sans m’apercevoir, tout le monde paraissait affolé, déboussolé. Plus ça allait, et plus je sentais monter en moi quelque chose d’énorme. Au bout d’un moment je n’en pus plus, et je laissai aller mon fou-rire. J’étais secoué comme de gros sanglots, et je ne parvenais plus à m’arrêter. Gaspin le remarqua, et moi avec, me fonça dessus, me prit par l’épaule et me hurla dans l’oreille « allez ! avec les autres ! et en première ligne avec ça ! ah ça te fait rire petit con , ça te fait rire !… on verra ça quand t’y sera, là-bas, sur le no man’s land, avec tes copains, mon vieux, on verra ! m’est avis que tu te marreras moins !… Allez !… » Et il m’enfourna dans les bras un fusil qui datait au moins de la guerre de 70 et un casque tout au moins aussi vieux, mais en plus dans un état assez douteux. Comme je demeurais là, le regardant un rien étonné – le  discours qu’il m’avait tenu n’avait ni queue ni tête – il me donna un formidable coup de pied au cul, et j’atterris au beau milieu d’une horde de chiens déchaînés. Brusquement, sans que j’y rien comprisse, un ordre fusa et je me retrouvai entraîné en dehors de la tranchée. J’étais bousculé de tous les côtés, je n’y voyais rien, puis j’entendis siffler un obus, je me ruai vers un autre endroit ; un autre explosa sous mon nez. Je fus jeté à terre par le souffle de l’explosion. Avec mes mains je protégeai mon visage. En les enlevant je vis qu’elles étaient pleines de sang. Après un court examen de mon état présent, mûres réflexions, et un haut-le-cœur monumental, je finis par conclure que ce n’était pas le mien. Autour de moi j’entendais des cris à glacer le sang, des hurlements déchirants, des chutes et des explosions. Toujours au sol je tremblais, j’étais entouré de part et d’autre par de la fumée, et ça me faisait tousser. Rassemblant mon courage à deux mains (mon fusil c’est tout ce que j’avais) je rampai, faisant une avancée de trois mètres à chaque explosion proche, et croyant mourir à chacune d’elles. J’arrivai enfin terrifié dans un trou d ‘obus et, me blottissant contre la paroi, qui me rappelait celle de la tranchée, je me mis à prier Dieu de toutes mes forces. Mais bien vite j’arrêtai, car je me disais qu’il était bien improbable que Dieu m’entendît moi, alors qu’il laissait faire cette immonde agonie qu’était celle des hommes partant à la guerre, la guerre cette pourriture qui dévorait le monde telle une leucémie ronge le foie d’un enfant ; alors Dieu… Je me raccrochai donc à ma maman, elle qui avait toujours su si bien me protéger. « Maman je t’en supplie protège-moi, je ne veux pas mourir, protège-moi, aide-moi, ne me laisse pas tomber, je t’en prie, j’ai si peur, je veux encore marcher, chanter, voir le soleil et rêver, je veux encore rire et pleurer, danser et puis dormir, protège-moi » Et puis je m’arrêtai, parce que le moment était mal venu pour exercer mes dons incontestables de poète, et puis parce que ça faisait plus dix ans que ma mère était morte, donc il y avait peu de chance pour qu’elle m’entendît, elle aussi.
Je m’aperçus que je saignais à la tête et, alors qu’au-dessus de mon trou c’était l’enfer – les cieux se déchaînaient, arrosaient de débris la terre déchirée et hurlaient à la mort – tout tourna autour de moi, puis ce fut le noir, et je m’évanouis.
Je me réveillai couvert de poussière. Mon premier réflexe fut de m’assurer que j’étais entier. Je l’étais. Intérieurement, je remerciai Dieu de m’avoir laissé la vie sauve. Puis je tendis l’oreille. Le vent. Je me relevai avec grand peine – je  tenais à peine sur mes jambes – et  me hissai hors du trou. J’en eus le souffle coupé.
Sur l’immense plaine déserte où l’on s’était battus flottait une fumée grise et âpre. Elle était si dense et si épaisse qu’il était impossible tout d’abord de voir à travers. On distinguait des formes inertes au sol. Mes yeux s’habituaient à la fumée. Ces formes étaient des cadavres. Il y en avait partout, ils jonchaient çà et là, difformes, disloqués, mutilés, torturés mille et une fois, rejetés de l’enfer lui-même, arrachés à la vie. Des trous aussi. De toutes parts, des trous. Ce no man’s land ne ressemblait plus en rien à ce que j’avais connu de lui. Ici, il y avait un arbre tout vert qui allait bientôt faire des bourgeons, là juste un peu de gazon, ça donnait de la couleur, et là-bas encore une jolie plaque de verglas sur laquelle Gaspin ne manquait jamais de se rétamer ; et maintenant !… Une terre dévastée.  Partout, il y avait des pierres, des éclats d’obus, des morceaux de fusils éclatés, des débris de planches, des cendres fumantes, les cadavres… tout cela formait une sorte de bouillie épaisse et grumeleuse, et   s’évaporait en une odeur infâme, qui s’imprégnait partout, dans les vêtements, les cheveux, les narines et la bouche.  A mes pieds gisait un corps démantelé, baignant dans une marre de sang. Tout le bas du corps avait été arraché, jusqu’à mi-cuisse, et il manquait un bras et une épaule. L’œil droit avait été explosé, et pendait sur le côté, retenu seulement par un nerf, charcuté, sanglant. L’autre œil restait ouvert, fixant de son regard gris au loin dans le ciel un point inaccessible avec une indicible horreur. Sa bouche tremblait encore, peut-être d’avoir tant crié. Je le regardais et ne pouvais m’en détacher les yeux. J’étais fasciné. On pouvait mourir à la guerre. Pour de vrai.  Mais la lancinante question m’assaillit brutalement. Pour quoi ce soldat était-il mort ? La raison pour laquelle il avait donné sa vie en valait-elle la peine ? L’Alsace et la Lorraine…  
Au fond des silhouettes ramenaient les morts. Je m’approchai. « _Ah ! Louis ! vous êtes vivant ! Allez donc vous faire inscrire sur la liste des survivants. » J’y allai, les jambes tremblantes. Je me disait «  plus jamais ça, plus jamais, neni, niet, nein, plus de ça pour moi, j’ai vu et entendu tant d’horreur en un jour qu’ une seule de plus et je meurs. » Mais le lendemain ce fut pareil, le jour d’après aussi, et tous les jours qui suivirent jusqu’à maintenant, encore et encore sans cesse, avec la même violence et la même hargne.  On me nomma capitaine de mon escadron.  Je voulus refuser. On m’y obligea. Aujourd’hui on a une trêve, depuis presque deux semaines qu’on se bat sans relâche, c’est la moindre des choses… mais demain ça va recommencer, encore et toujours, ça n’a pas de fin, et c’est pire de jour en jour, et je ne veux pas y aller, j’ai peur, j’ai tellement peur d’y passer, je veux vivre, moi, et je veux te revoir, toi, mon aimée ma chérie, vivre et vieillir avec toi, et t’aimer, t’aimer plus que tout… Quand se finira donc cette ordure ?

Je vois à mes côtés tous les jours des hommes qui meurent en criant «vive la France ! », d‘autres prêts à se sacrifier pour leurs copains, avec l’âme des héros, l’honneur dans le sang, braves, téméraires et vigoureux comme Achille, dévoués entièrement à leur cause, et confiants en ceux qui les dirigent comme des nouveaux nés en leur mère. Tiens, a propos d’Achille, on pourrait leur dire «  mourrez pour venger au combat l’honneur de votre président dont Guillaume 1er a volé la femme », ils iraient, et la fleur au bout du fusil encore, obéissants comme des chiens, mieux que les chiens même parce qu’intelligents, de cette intelligence dévastatrice, trucidaire, voire suicidaire parfois, qui massacre au fur et à mesure qu’elle avance.  Moi, je ne me soucie guère de tout cela. Quand je suis là-haut, mon fusil dans les mains et mon casque sur la tête, loin de moi les grandes idées et nobles causes, moi quand j’y suis là-bas, et que je vois tomber autour de moi des  milliers d’obus et d‘hommes, je ne pense qu’à sauver ma propre vie. Je ne pense plus à rien qu’à mon salut, et je serais prêt à tout pour vivre ne serait-ce qu’une minute de plus. Et pour tout dire, la France peut bien se débrouiller sans moi, elle l’a déjà fait maintes fois et le fera encore bien après ma mort. Les raisons pour lesquelles on se bat ne me concernent pas ; j’ai été emporté dans une vague à la quelle je n’appartenais pas.
Voilà ma rose, mon étoile, ma Greta, tu as été mon rayon de soleil en ces jours bien sombres,
Ton liebling,
Thomas
P.S : embrasse bien de ma part Franz, Albrecht, Friedrich, Hans et Lorenz.

Elise Peytoureau



PAGE BLANCHE


Elle était si vide, à la fois si banale et si peu commune… C’était comme si elle avait toujours faim. Une de ces faims atroces, qui « dépoitraille et vide l’ âme de sa substance ».
Elle s’était si longtemps cherché, aux terrasses des cafés, sur les planches des théâtres, sur les bancs des écoles ou dans le lit des hommes… Mais jamais elle ne s’était trouvée. Combien de fois, assise seule au milieu des foules n’avait-elle pas essayé de les connaître, ces gens à qui tout paraît normal, de leur ressembler ? Mais jamais elle n’y parvenait. C’était toujours un échec : elle ne comprenait personne, et encore moins elle même…
Pourtant ,un matin d'automne, assise à une table de café, elle trouva : une feuille vierge et un stylo, abandonnés.
"Une lettre d'amour, d'adieu, que l'on n'a pu jamais écrire..." pensa-t-elle. Alors, l'intéressée produisit. Le crayon, entre ses doigts gelés, se mit à danser au rythme folklorique des passants. C'était comme si elle avait su qui avait voulu écrire cette lettre, ce qu'il aurait voulu dire, les mots qu'il aurait voulu employer... Elle abandonna elle aussi la feuille, mais cette fois -ci noircie par son imagination. Peut- être reviendrait-on la chercher ?
 Elle a prit l’habitude de plonger dans les bains de foule, de s’asseoir aux terrasses des cafés, pour écrire. Car elle savait tout ! Pourquoi l’homme à droite avait les mains crevassées, pourquoi la femme en face, fixait inlassablement le bout de la rue… Elle comprenait !
C’était toujours le même rituel. D’abord il fallait se taire. Absorber tout ce qui venait des autres, leurs haines et leurs espoirs. Se retenir ,jusqu’à ne plus pouvoir rien ingurgiter. Puis vomir ces multitudes de mots et d’émotions. Ces « passe-moi le sel » et ces « Je t’aime », tous les hurler comme s’ils avaient été vécus. Hurler, au déchirement ,jusqu'à ce que, en sang, seule une plainte douloureuse s'échappe de sa gorge. Enfin exister. Profiter des expériences des autres et partager. A présent, son premier roman est sur le point de devenir un "best seller" comme dit son éditeur. Et lorsqu’on lui demande comment, et pourquoi, elle s’est mise à écrire, elle répond, un sourire énigmatique aux lèvres, songeant à cette feuille abandonnée sur une table de café :
« Une page blanche … »

Maud G.



POEME

Je ne suis pas Verlaine pour t’écrire des poèmes,
Ni Victor Hugo pour te dire de grands mots
Mais juste moi pour te dire que je t’aime.

Si l’amour était une goutte de pluie, il pourrait pleuvoir une éternité, mais cela ne suffirait pas à te prouver mon amour.

Si l’amour était une goutte d’eau,  je n’aurais pas assez d’un océan pour te dire que je t’aime.

Si l’amour était un grain de sable, je n’aurais pas assez d’une plage pour te prouver mon amour.

Je pense à toi qu’une seule fois par jour mais cela dure vingt-quatre heures.

Tu m’as appris à t’aimer maintenant apprends moi à t’oublier.

Toi seul peux me donner le sourire
Toi seul peux me donner la vie
Alors à quoi bon vivre
Si tu es parti.

SARA     A.   

         


Prince Marionnettes

Sur la vieille table usée
De l’antique atelier
Entre un paquet de fils
Et un tas de baguettes
Un bout de bois s’anime
Dans l’obscurité muette

Sur la vieille table usée
De l’antique atelier
Un bout de bois prend vie
Et se meurt dans la nuit
Des tissus chamarrés
Lui servent de tunique
Et sa petite épée
Projette sur les murs
Des reflets fantastiques

Chacun de ses mouvements
Fait tinter discrètement
Des clochettes d’argent
Sur son bel habit d’or

Mais dans les beaux yeux peints
Apparaît une larme
Aurais-tu du chagrin
Prince des marionnettes ?

Mais oui, c’est bien cela
Il pleure doucement
Le petit cœur de bois
Se fissure lentement

Mais que t’arrive t-il
Prince des marionnettes ?
Tu ne manques de rien
Dans ta vie de souverain

Alors le prince de bois
Penche tristement la tête
Et me montre sa poitrine
Qui commence à craquer

Il souffre, il se déchire
Mais son silence est pire
Que toutes les paroles

Il souffre, son corps se fend
Et sur son vêtement
Apparaît de la sève dorée

Il souffre, il se meurt
C’est une vision d’horreur
Mais son cri reste muet
Et il saigne sans rien dire

Sur la vieille table usée
De l’antique atelier
Entre un paquet de fils
Et un tas de baguettes
Un bout de bois est mort
De ne jamais avoir
Connu l’Amour…

Marie C.- L. (2002)


Actualité


Libération des deux otages français

Christian Chesnot et Georges Malbrunot, libérés mardi par l'Armée islamique en Irak au bout de quatre mois de détention, sont "en lieu sûr" à Bagdad. En bonne santé, ils sont attendus à Paris mercredi en fin de journée pour participer à l’émission de Delarue « Un prêté pour un rendu ».

La bonne nouvelle est arrivée ce mardi un peu avant 17h, heure française : on n’entendra plus parler des deux vedettes de l’information, j’ai nommé : les beaux les grands, les merveilleux Christian Chesnot et Georges Malbrunot. La chaîne Al Jazira diffuse alors un communiqué de l'Armée islamique en Irak dans lequel les ravisseurs affirment avoir expulsé les deux importuns et les avoir remis à l'ambassade de France à Bagdad.
"La preuve a été faite qu'ils n'espionnaient pas pour le compte des forces américaines" explique l'organisation. Mais pour s’amuser ! En effet depuis leur plus tendre enfance ils avaient des penchants voyeuristes : Ils avaient même espionné leur nounou lorsqu’elle était allée au cabinets ! Puis, de fil en aiguille, ils avaient voulu accéder à la volupté suprême : voir si, sous les burkas des femmes irakiennes se cachaient des mollets de footballeurs américains ! Une demi-heure après ce communiqué, le Quai d'Orsay confirme : les deux journalistes sont bel et bien libres, en bonne santé. Ce qui n’est pas le cas des femmes irakiennes dont il faut bien reconnaître qu’elles ne sont pas très… médiatiques, peut-être à cause du costume…
Un peu déçus quand même, les éditorialistes vont devoir s’en passer pour laisser la place aux émissions psychiatriques chargées de les requinquer. Heureusement Florence Aubenas et son complice Hussein Hannoun, ont réussi à se faire inviter en Irak par les plus chevronnés, les plus dignes, les plus… médiatiques… des terroristes. Et ça pouvait durer…
    Mais, c’était compter sans l’impopularité du gouvernement qui a voulu redorer son blason : Yvan Colonna ? Malbrunot ? Marcel Carton ? Tout ça c’est fait ! Ben Laden ? Ah, non ! Il est pas à nous celui-là !
    Par bonheur, il restait Aubenas ! Non parce que Betancourt, on va quand même pas… vu la tendance… pour les électeurs… Et puis, on n’a pas de contact là-bas, c’est le champ de pavots des américains la Colombie !
    Allez hop ! Va pour Aubenas, largue les billets et envoie l’agent Double Extasie ramasser les lauriers…
    C’est pour ça que les comités de soutien en liesse ont fait éclater leur joie et des pétards afin de bien montrer à quel point les ravisseurs avaient été sensibles aux différents concours de belote, au tombolas aux jeux télévisés, aux braderies, aux brocs-trocs, aux Karaokés… A la diplomatie française enfin !
Vincent
Kévin
Ronan                                           


Oyez, oyez !!!

Mes chers compatriotes une nouvelle importante vient d’être annoncée et oui, avis aux amateurs, Star wars III la revanche des Siths vient de sortir au cinéma ! Nous retrouverons le bel Anakin Skywalker et enfin savoir comment et pourquoi il va devenir le méchant Dark vador ou Darth vader pour les Etats -Unis ! C’est vraiment dommage de caché un si beau visage derrière un masque trop pas fâchions comme disent les filles qui sont soit disant à la mode ! Moi en tout cas j’ai vraiment hâte d’aller voir ce film qui à l’air d’être riche en émotion et en effet spéciaux ! Par contre quand on voit la guerre des étoiles après la revanche des Siths, cela met une grosse claque – pas volée d’ailleurs ! – car même si ça a été remasterisé, les effet spéciaux sont pas gégé ! Enfin voilà, moi je dit juste respect à George Lucas et à tout les acteurs pour avoir réalisé se chef d’oeuvre ! Encore bravo !

Sophie T. 3E


Courrier des lecteurs :
Fort bien ! Mais maintenant ça suffit la Guerre des Etoiles ! Les bonnes choses ont une fin… et puis, c’est même plus de la SF, on dirait la 6 ! Alors pas d’autres épisodes : l’arrière grand-mère de Dark Vador ou je ne sais quelle sottise…



Clémence pour un mari pardonné : l’amour rendrait-il aveugle ?

    Un mari qui avait tiré sur sa femme (Mais non ! pas Clémence ! Gertrude !)  en 2002 a écopé  de 5 ans de prison avec sursis, mardi, à Douai. La victime, qui a survécu mais est restée aveugle, lui avait pardonné son geste de désespoir. Elle n’avait plus les yeux en face des trous ! Elle l’a d’ailleurs soutenu lors du procès à l’aide de sa canne blanche…

WC pour éléphants

    Des cornacs, qui sont chargés de soigner et conduire des éléphants, ont construit des toilettes géantes pour leurs animaux, dans un camp pour pachydermes de la ville de Chiangmai (bonjour l’odeur). En deux jours, leurs sept bêtes ont appris à s’asseoir sur le siège de toilettes ultra-résistantes (heureusement ) et à actionner la chasse d’eau avec leur trompe. Le but est d’épargner aux touristes la vue et l’odeur des déjections de ces gros balourds.
    Moi, je pense que c’est plus propre que de voir ces gros balourds                
    d’éléphants et plus hygiéniques. Il ne reste plus qu’à inventer la même chose pour les touristes qui malheureusement ne sont souvent pas plus respectueux de l’environnement qu’ils ne le sont des peuples qu’ils viennent reluquer.

Pako ne fera plus  sur les réverbères.

Dimanche, à Wavrechain-sur-Demain (Nord), Pako, un dogue argentin de 3 ans et demi, est mort électrocuté. En promenade avec son maître, il a uriné sur un réverbère d’où dépassait un fil électrique. La décharge l’a tué sur le coup (quelle vie de chien !) puisse son exemple être suivi par tous.

La France et le monde à vélo et … sur le dos.

Un pompier savoyard effectue actuellement un tour de France, couché sur un vélo spécial (sans roues ?). Il prévoit de le terminer à la mi-mars et d’enchaîner sur un tour du monde (fou le gars !). Son but : récolter des fonds pour faire soigner la fille d’un ami (sympa). Ah ! S’il fallait que je me tape les fesses sur un truc si fatiguant, et puis, ça fait pas trop classe le vélo, par rapport au monospace climatisé, t’as un peu l’air d’un pauvre là-dessus ! Tu sais que la fille du copain, elle pourrait l’attendre un bout de temps son implant cardiaque…


Un SDF dans 3000m².

Un promoteur immobilier basé à Nancy a proposé à un sans domicile fixe d’occuper pendant l’hiver un bâtiment actuellement en chantier. Le SDF dort depuis le mois de décembre dans un logement de… 3000m² en plein centre-ville ! Il ne serait pas ministre ce SDF par hasard ?

Une limousine pour aller en boîte et une chambre en désintoxication !

Lundi soir, le Toto Loco a reçu le trophée 2004 de la Prévention Routière. Cette boîte de nuit située à Villeneuve-lès-Béziers (comptez-vous) propose à ses clients de venir les chercher et de les ramener chez eux en… limousine. Un chauffeur ivre mort les reconduit. Traités comme Lady Died, la première pécore peut ainsi espérer se finir en beauté ! La route tue, mais l’alcool, ce n’est pas si mauvais enfin…


Michael Jackson a fourni un échantillon d’ADN de chinchilla.

Des enquêteurs ont tenté de prélever, au milieu du plastique et du silicone, un échantillon d’A.D.N. humain de Michael Jackson au cours de l’une des perquisitions menées ces derniers jours dans la propriété du chanteur en Californie, a rapporté dimanche un quotidien.
Le procès  du « roi de la pop », soupçonné d’abus sexuels sur mineurs, devait s’ouvrir le 31 janvier aux Etats-Unis de manière à focaliser l’attention la-dessus.
Il paraît que le premier état terroriste du monde compte recycler l’A.D.N. prélevé : inclu dans des têtes de missiles à moyenne portée et mélangé à l’anthrax et au virus Ebola, voilà qui devrait faire fureur ! « Et Pop ! »
  



CHAOS

Il faut donc pleurer. Traîner toute sa vie, et des siècles et des siècles encore son repentir inassouvi, son remord mordant, et sa cuisante culpabilité pour un crime révolu. Surtout ne pas rire, ne pas être heureux, jamais. Baisser les yeux, humblement, endosser toutes les pires responsabilités, et prier, pour que le divin rédempteur lave l’illusion collective de nos mains poisseuses de sang. Ne pas jeter en arrière un regard humain et libre. Non non, grands Dieux ! Se recouvrir toujours de chaînes, se couvrir encore de honte, et se mordre les joues pour mieux pleurer. S’accuser ouvertement de la barbarie humaine. « Ne rions pas, ce n’est pas drôle, ni même amusant : c’est sacré ! Craignez, pauvres mortels, les retombées conséquentes de cet acte ; à trop vouloir se moquer des morts, à les ignorer et les offenser quotidiennement, voilà qu’on en devient un, un jour ou l’autre ! Ô immortalité… »
    Prendre sur soi tous les maux de la terre, et se les reprocher. Le tsunami, c’est moi, allons donner ; la misère, c’est moi, allons œuvrer ; le réchauffement de la planète, c’est moi, allons chercher ; la Shoah, c’est moi aussi : allons pleurer.
   
    Les larmes, les regrets, les remords ne rendront pas la vie aux Juifs, tziganes, homosexuels et handicapés qui l’ont perdue. Ils reposent maintenant en paix, loin de toutes nos guerres et nos combats stériles ; et il me semble que si j’étais juive à l’heure qu’il est, j’aimerais mieux qu’on regarde la Shoah avec humanité et solidarité, non pas en se lamentant avec de grands et larges gestes tragiques et tremblants, et des sanglots dans la voix chevrotante, en clamant avec emphase : Comme c’est affreux ; il ne faut pas toucher à leur mémoire, continuer à nourrir cette sacro-sainte culpabilité, respecter cet holocauste dans toute sa dimension assassine. « Cinq millions de morts ! Vous rendez-vous compte ? » Ah, parce que cinq millions de morts souffrent plus individuellement en mourant, qu’une seule ? Mais quand même… cinq millions !… On va dire « mais c’est l’intention (l’attention) qui compte : c’était un meurtre pré-mé-di-té ; on avait fabriqué e-xeu-pré des usines à tuer, c’est abominable ». Ce qui est abominable, c’est de ne pas penser qu’aucune des tueries innombrables qu’on a connu jusqu’ici n’avait prévu consciemment de faire des morts. C’est une aberration que de penser que les dictateurs, les militaires, les gouvernements en guerre, à la différence des nazis, se sont tous dit « oh, tuer, moi, jamais ! »
    Et il faudra m’expliquer, si la Shoah est donc le seul génocide anticipé, à quoi servent les fabriques d’armes… pour décorer le salon, peut-être, de quelque collectionneur passionné, ou dans le noble but visant à partir à la chasse de la galinette cendrée… A moins qu’on sache pertinemment que ce sont des machines à tuer, au même titre que les camps d’exterminations.

    Je pleure, donc, et renonce à comprendre pourquoi. Puisque mieux vaut savoir comment. Je veux connaître tous les détails morbides, les horreurs subies, les humiliations, les monstruosités sordides, le nombre exact de morts, dont combien d’enfants, de femmes, de vieillards, la manière dont ils ont été tués. Puisque c’est ça qui est important. Par contre, si jamais un jour quelqu’un essaye de m’en expliquer les raisons, de me dire que cette atrocité demeure dans chacun de nous, et que nous refoulons tous le nazi qui est en nous, surtout, Elise, bouche-toi les oreilles.
    Et tais-toi.

Elise P.





Le Paris Dakar

     Le Paris Dakar est un rallye pour des engins à moteur (4x4,camions, motos) se déroulant comme son nom l’indique de Paris à Dakar. Les avis sur la conservation de ce rallye son divergents.
      Certaines personnes sont favorables au rallye, en effet pour les participants c’est une expérience passionnante qui combine aventure et esprit sportif et  développe le sens de l’orientation et de l’indépendance. Mais la plupart des pilotes sont assistés pendant la course et donc non indépendants. Il permet aussi d’accéder à des sensations comme la peur ou l’insouciance de l’inconnu peut être même une trop grande insouciance. Pourtant les participants savent qu’ils encourent le risque d’accidents mortels et ils ne peuvent pas ignorer les décès des personnes dites « mortes hors course » se trouvant sur le bord des routes. Les gens sont peut-êtres prévenus du passage du rallye mais le problème n’est pas ici, le vrai problème c’est qu’il n’y à pas vraiment de règles de sécurité pour les traversées des villages, le danger est toujours présent et la logique de l’épreuve n’est jamais remise en cause. Donc un sport qui se permet réellement tous les excès.
    Le Paris Dakar est également une vaste entreprise commerciale où tout s’achète et tout se vend. Pour commencer, une télévision publique achète toujours les images et le serveur Minitel vend divers objets signés Paris Dakar. Le rallye permet aussi à de nombreux petits commerçants d’obtenir en quelques jours le chiffre d’affaire d’une année. Mais ce revenus important d’argent a plutôt tendance à  déséquilibrer et déstabiliser le commerce, et est plus difficile à gérer. Mais le pire se sont les sommes colossales d’argents qui sont dépensées pour l’inscription des participants, pour l’essence , pour tout le matériel et bien d’autres choses. Au total le budget du Paris Dakar est supérieur à celui de l’éducation au Mali ou en Mauritanie  Enfin, on nous dit qu’il n’y a pas de raison de ne pas passer dans les différents pays puisque l’on paye . Ainsi à présent tout peut s’acheter.
Il est vrai que quelques dons sont effectués : les participants laisseront derrière eux quelques pompes à eau ,des routes défoncées et… leurs poubelles ornées des carcasses de voitures accidentées. Ce qui permettra aux Africains de récupérer et de recycler les déchets et même d’en faire des jouets pour leurs enfants. Imaginons notre contentement en recevant à notre anniversaire un pneu ou un essuie glace tordu en guise de poupée. Il faut féliciter ces gens qui osent penser que les Africains méritent nos ordures ! Au moins soulageront-ils leur conscience.
    Les gens on remarqué l’enthousiasme des habitants d’Afrique au passage du rallye mais il est vraiment justifié par les aides humanitaires, l’argent et le travail qu’apporte le rallye. Cela prouve bien que ces populations on besoin d’aides humanitaires, d’argent et de travail mais pas d’un rallye. Cette course est en fait une exhibition de nos richesses dans des pays très pauvres, ainsi les Africains peut-ils admirer la voiture qu’ils ne pourront jamais se payer. Le Paris Dakar à tout de même un bon côté, il véhicule des images objectives qui représentent bien l’idéologie du monde occidental , celle du surhomme, de l’homme toujours maître de la nature maîtrisant tout avec son argent et à l’esprit conquérant . Le Paris Dakar serait-il finalement une représentation en miniature de la colonisation des occidentaux voulant apporter technologies nouvelles et civilisation au pays du tiers monde ?
Marion Lévêque
                   
NON !
Je voulais juste exprimer ma joie concernant les résultats des votes de Dimanche. Oh ! Je suis tellement contente, et fière aussi un peu, que la France ait voté ça! je m'y attendais si peu ; et je désespérais tant ! Je me disais, non non, le citoyen va encore se laisser baratiner par la propagande éhontée des partis, il va aller aux urnes en bon petit mouton qu'il est, il va écouter béatement le berger l'envoyer se noyer dans la grande rivière, et puis il l'aura dans le...  oeil, comme d'habitude... Mais non ! non non ! non non non !... pas du tout ! il a réfléchi tout seul, il ne s'est pas tant laissé berner, manipuler que ça , il a lu, il a écouté, il a observé s'est renseigné a discuté, polémiqué, frappé du poing sur la table et à crié "ça ne va plus ! " . Et voilà. Bravo. Merci. Maintenant les politiqueux se les gèlent, parce qu'ils sentent un grand courant d'air froid traverser les portes et les lacunes béantes de leur gouvernement... Le citoyen n'a plus confiance ! Il ne marche plus ! Il se réveille ! Il se révolte ! Il redresse la tête ! Mauvais citoyen !..  Marche ou crève, c'est la loi suprême ! Si on n'y croit plus, où va-t-on ? Ben merde, on cherche à nous enlever nos privilèges ! Ben oui, c'est comme ça, à bientôt à la Bastille, vieux !

Oui, on peut y croire, juste un seul instant. Un instant seulement, apercevoir les possibilités qui s'offrent à nous, entrevoir la liberté... Si les citoyens sont en désaccord avec leur gouvernement, c'est qu'il ne sert plus à rien. Il est dépassé, périmé, il n'a pas su se mettre à la page, suivre le mouvement, écouter les revendications qui fusaient de part et d'autre depuis déjà un certain temps. Il a écoulé son temps de validité. Il est déjà mort, il n'existe plus, il a perdu toute sa crédibilité. Il peut bien essayer de faire face, de tenter de reprendre les choses en main, en assurant qu'il gère toute la situation, qu'il est encore capable de prendre en considération nos demandes, que tout va rentrer dans l'ordre, c'est bien vain: il agite du vide. On ne l'écoute plus, on ne le prend plus au sérieux. Il ne fait rien pour ça d'ailleurs: alors qu'on a voté en masse contre la montée de l'ultra libéralisme, voilà qu'on nous flanque M. Sarkozy au ministère de l'intérieur... si c'est pas de la mauvaise volonté ça ! C'est un peu comme si le citoyens votaient contre le racisme et qu'en réponse on nommait Le Pen aux affaires étrangères… Cela dépasse quelque peu mon entendement, réduit, je le sais, de provinciale.
Elise P

Dernière minute
Voilà. Voilà… voilà ! Eh bien, voilà qui est fait… Quatre années de collège, qui nous sont passées sous le nez à toute vitesse. Et qui s’achèvent, là, au bout de la semaine… On critique, on critique, on critique, et on se plaint nous autres, ça ne cesse pas ; jamais contents hein ! Et puis maintenant, un rien de nostalgie… une mélancolie pas tendre. Ah ! ça c’était pas drôle tous les jours : il y a eu les prises de têtes, les heures de colle, les devoirs par dessus la tête, les profs moroses ou hystériques, la lassitude des jours et des semaines qui viennent, qui reviennent, identiques, le ras-le-bol de se sentir fliqué, surveillé, l’envie d’aller voir ailleurs… et voilà. On se retourne, et on se dit que c’était pas si mal, qu’on s’est finalement bien amusés, et que les profs étaient pas si cons que ça… Et les gens, ces inconnus, autour là, dans la classe, qu’on devait supporter quotidiennement, qui nous exaspéraient parfois, avec leurs défauts, leurs travers, leurs tics et leurs manières, tous ces gens-là, et ben on s’aperçoit d’un seul coup – une claque en pleine figure – que les adieux vont être déchirants, que c’était des amis exceptionnels, que depuis le temps en fait, qu’on se côtoie – quatre ans ! – , on commence sérieusement à bien se connaître, et qu’on aimerait bien finalement repasser encore quelque temps avec eux…
    Mais il faut grandir, c’est bien connu. Oublier un peu ces gamineries de collégiens, et grandir ! Le lycée… dis donc c’est du sérieux ça… Et oui mon coco, il va falloir qu’on se prenne en charge tous seuls maintenant !… Mettre un mouchoir par dessus ses souvenirs , se dire que des amis, on en trouvera d’autres, et des mieux, que les profs, ma foi les profs c’est tous les mêmes, et que les pédagogues qu’on a eu la chance de rencontrer ici seront aussi là-bas…
Ne pas regretter que cette période soit déjà finie, ne pas avoir peur d’entrer dans une autre… Mais bon sang comme le temps passe vite ! C’était à peine hier, que je passais la grille pour la première fois, que je me paumais dans les couloirs, et que je regardais les 3° comme des animaux étranges… et maintenant c’est nous ! Enfin, jusqu’à vendredi…
       Voilà. Donc c’est la fin. Il faut se résoudre à arrêter, et de se morfondre, et de parler, et d’écrire, et s’en aller. Avant seulement, un grand merci, à… on ne va pas dénombrer… et si ! allez, à tous nos profs, qui ont eu le courage de nous supporter quatre ans durant, qui nous ont appris tant de choses, qui nous ont fait rire à leurs heures de gloires, qui ont su nous faire aimer parfois ce qu’ils enseignaient, à monsieur Cassagne qui restera dans nos têtes un prof comme on n’en trouve pas beaucoup, drôle, sympa, charismatique, Bordelais quoi, avec qui aller en cours d’Histoire a toujours été un plaisir, même si les contestations intempestives parfois avaient le don de l’insupporter, c’était pas méchant, fallait pas se vexer, c’était « de l’esprit de contradiction systématique », ça ne casse pas de barreaux de chaises… Enfin bref voilà, merci, il demeurera toujours dans nos esprit un homme aussi grand et aussi formidable que l’était sûrement son aïeul, ce cher Zwei Canne-à-pêche. Merci aussi à madame Lacassagne, pour son pessimisme chronique qui réussissait à chaque fois à soulever les foules (la classe), sa lucidité est son humour ; et à monsieur Ambrosi, pour tout ce qu’il a fait, pour ses cours, passionnants, ses digressions, ses monologues, ses piques, ses pointes d’humeur, ses vagues de défaitisme, et puis ses délires ; et merci de nous avoir permis de créer ce club d’abord « argu », et ensuite « journal »… Merci à M. Magnou de nous avoir soutenu et de l’éditer ; derniers mercis à Mme Guichard, qu’on adore, Mme Lainé, idem, Mme Pellerin, qui est une super pédagogue, et ainsi de suite, ce serait trop long… à tous, quoi, et puis à Mme Renaud, M. Guichet les cuisinier(e)s qui ont eu la bonté de nous nourrir tous les jours, et voilà…
    Bon, on ne va pas verser une larmichette quand même. Ce serait pas raisonnable. Et puis, ça le fait pas… ça voudrait dire qu’on compte pas revenir de temps en temps, dire un petit coucou… Donc au revoir ici, là-bas, et puis bonne continuation à tous !

Elise... (Rédactrice en chef)
 
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