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"Réforme"

L’arrêt forme, l’avancée recule !

 

 

Et si on jouait avec les mots ?

 

Prenons par exemple le mot « réforme » très galvaudé ces temps-ci : (Source T.L.F.)

RÉFORME, subst. fém.
A. Modification effectuée dans un but d'amélioration. Synon. vieilli réformation.
1. Changement apporté en vue du rétablissement d'une forme primitive ou ancienne.
a) Réforme (d'un ordre religieux). Retour à l'observance de la règle primitive.

2. Vieilli
a) Changement de mal en bien dans les mœurs, la piété.

b) Réforme des abus. Suppression, correction des abus qui se sont développés.

3. Correction, changement profond, transformation, par des moyens conformes aux règles existantes, de quelque chose en vue de le réorganiser, d'améliorer son fonctionnement, ses résultats. Réforme électorale, hospitalière, scolaire; réforme grégorienne, julienne; réforme de l'enseignement, de l'orthographe.

POL. [P. oppos. à révolution] Changement profond réalisé sans violence dans le cadre institutionnel existant. Réforme du code, de la constitution; réforme agraire, électorale, constitutionnelle. Il se sépare de Guesde comme tacticien. Socialiste de gouvernement, il croit aux réformes partielles. Guesde n'admet que la révolution complète (RENARD, Journal, 1901, p. 710). Vous ne savez pas parler au peuple. Vous lui prêchez la révolte, et il faut lui enseigner l'esprit de réforme, c'est-à-dire l'amélioration dans l'ordre (BOURGET, Actes suivent, 1926, p. 134).

B. 1. HIST. RELIG.

Je laisserai volontairement de côté la Réforme en tant qu’événement d’Histoire religieuse ou doctrine.

2. Domaine milit.
a) Mise hors service de quelqu'un.

)Licenciement partiel de troupes; réduction de corps de troupes.

c) Vieilli. Diminution, restriction.

) Diminution des dépenses, du service, du train d'une maison.

 

En observant la valeur du terme dans la synchronie, on s’aperçoit qu’il est employé le plus souvent dans son sens ordinaire : il a en général des connotations positives. Et comme rien ne va jamais, les gens aiment les réformes ! Et c’est normal, car elles sont faites « dans un but d'amélioration ».

Qu’est-ce alors que l’amélioration ? Etymologiquement, elle doit « rendre meilleur ». Sans entrer dans le débat métaphysique, dans une démocratie, le pré-supposé est que ce doit être meilleur pour le peuple. Il faut donc que la plus grande partie des individus qui composent ce peuple en soit bénéficiaire. Et qu’entend-on ? C’est meilleur pour l’Economie !

Personne ne connaît vraiment cette allégorie, mais dès qu’on l’entrevoit, motus, c’est comme la Parque, on n’en parle pas ! La formule magique ferme toutes les portes.

Toutes les sociétés humaines (voire animales) ont une économie. L’égalité totale existe chez les indiens d’Amazonie et ils ont « une économie ». Par conséquent l’économie n’est pas un prétexte valable pour asservir les gens ! La question reste entière.

Pourquoi l’économie serait-elle cette divinité à qui l’on devrait sacrifier des êtres humains et qui, incompréhensible trou noir, aspirerait à elle tout ce qu’il y a de meilleur ? Et pourquoi pas le Diable avec ses cornes et tous les saints du paradis, la grande farandole des billevesées pour justifier n’importe quoi ? Les sociétés humaines ne reposent pas exclusivement sur l’économie. Ce n’est pas la seule valeur qui préside à la fondation d’une communauté ! L’hypothèse de Lévy-Strauss selon laquelle le langage lui-même se serait créé autour de l’échange des biens et des femmes – l’inégalité sexuelle apparaissant comme fondatrice de toutes les autres ! – me paraît bien restreinte. Vision bien pragmatique des choses ! Les hommes ont eu besoin de communiquer avant que la préoccupation néolithique de l’échange ne se fit sentir ! A cause de la mort ! Il s’agissait de n’être pas mangé…

La loi est une valeur primordiale. Sans loi, pas de vie collective ! Et pour la légitimer, l’évocation d’une transcendance, malheureusement est universelle. La société doit venir en aide à l’homme dans la mesure où il en a besoin (Rousseau ; Du Contrat social) : elle doit l’élever et l’éduquer quand il est jeune, le soigner quand il est malade et le soutenir encore dans sa vieillesse, garantir la paix et la justice. Pourquoi verrait-on l’avènement du consommateur parasite, dont l’existence se résume à ce qu’il possède, consomme et rejette, déshumanisé, boulimique, cancer qui se multiplie et prolifère, envasé dans ses propres déchets ?

Il ne suffit pas d’invoquer l’économie pour tout justifier !

Une réforme doit être une amélioration. Pourtant, en se plaçant du point de vue de chaque individu (malgré le fait que certains pontifient : ils aiment à se classer dans la sphère des puissants même si leur esclavage ne leur laisse pour vivre qu’un millionième de ce que possèdent leurs idoles) on ne voit que des restrictions. La sécurité sociale, l’école laïque (N.B. : dans la mesure où les enseignants du privé sont payés avec l’argent public, je considère l’école privée comme inexistante en France ou illégale !) de la République, l’assurance maladie, le chômage… tous ces acquis de civilisation sont remis en cause par les prétendues réformes. Ce que l’homme a pu organiser pour le salut du plus grand nombre, le pouvoir tend à vouloir le saboter au profit de quelques maffieux influents ! Quelle amélioration !

Donc, on s’est trompé, il ne s’agit pas d’améliorer quoi que ce soit, ou au moins pas pour nos lecteurs !

 

Alors devrait-on comprendre que les réformes dont on nous parle sont des « mises hors service » d’un vieux système égalitaire périmé ? J’en ai peur. Et la « gouvernance » selon son acception médiévale se limite à exercer un pouvoir sans tenir compte de sa légitimité. Affranchi d’un parlement désormais exsangue, l’exécutif n’est tenu d’obéir qu’à des lobbies !

Pour être démocratique, le pouvoir doit exercer de la base vers le haut. Les besoins des hommes sont portés au parlement par les députés, qui votent les lois. L’exécutif n’est là que pour les mettre en application. Mais de plus en plus, suivant le modèle européen, une commission, non élue impose son diktat, prenant ses ordres auprès des puissants de ce monde et le parlement européen – ramassis d’illustres incapables – est censé, avec son « rôle consultatif » incarner la volonté des peuples ? C’est de la démocratie qui marche sur la tête ! Marianne fait le poirier ? Une esthétique nouvelle vient de voir le jour ! Saluons la performance !

 

Autre possibilité : on ne parle pas tous le même langage ! Pour les tenants du pouvoir, il serait plutôt question de réformes dans le sens d’un « retour à l'observance de la règle primitive ». Là encore, il y a un présupposé : les gouvernements soi-disant de gauche, auraient maintenu la laisse trop lâche, et il faudrait à présent « resserrer la vis »… (Pensons aux trente cinq heures). Alors là, le pauvre peuple infantilisé, trop gâté par Tonton et qu’il faut maintenant morigéner, en « remettant la France au travail »… On nage dans l’onirisme puéril ! A qui va profiter tout ce labeur qu’il va falloir effectuer ? On allonge le temps de travail en prétextant que le nombre d’actif a baissé de moitié depuis 1960, ce qui est vrai, mais un actif de 2005 produit deux fois plus que son aîné. Il n’y a pas de difficulté ! Ce qui pose problème cependant, c’est que notre actif ne s’est pas mis à produire deux fois plus en un seul jour, et par rapport au coût de la vie, les salaires n’ont pas doublé… Qui a volé cet argent ? Il y a une réforme très simple : imposer « à la source », sur ce que produit le salarié et non sur ce qu’il touche car il n’y a pas proportionnalité entre les deux… Qui a volé cet argent ? L’une des vingt familles qui détiennent 80 % des richesses du pays.

On demande aux fonctionnaires (traduire par « privilégiés » dans le vocabulaire journalistique) de travailler plus qu’il y a 50 ans, puisqu’on « réforme » les statuts de 1950 ! Après que la France s’est dotée d’enseignants fort qualifiés pour former des jeunes gens cultivés et intelligents, après avoir cru en l’avenir, on nous brade l’enseignement, en « embauchant » n’importe qui, en ne se préoccupant guère que de supprimer des postes pour « économiser », en réduisant les horaires des matières essentielles (Du CP à la 3ème, un élève de 2006 perd 2.5 années de Français par rapport à 1976 !). La rhétorique est toujours la même : le ministre clame à la télévision sa détermination à palier les problèmes de maîtrise de la langue, mais dans le même temps, il diminue les horaires de Français ! Et ce n’est pas étonnant, pour manipuler les gens, il ne faudrait surtout pas qu’ils fussent capables d’analyse ! Ces gens-là hypothèquent la vie des enfants !

Ils réforment les services publics, c’est à dire qu’ils les démolissent ! En réduisant peu à peu leurs budgets de fonctionnement comme le conseille l’OCDE depuis 1991 (sur leur site), les services deviennent inefficaces et il ne suffit plus que d’une propagande médiatique suffisamment orchestrée pour faire transiter le bien public dans les mains de privés tout prêts à exploiter la manne financière. Comment le citoyen peut-il croire qu’il s’agisse là de réformes ? Jamais soigner quelqu’un ne sera plus rentable que de le laisser mourir !

 

Le pouvoir fait donc des réformes conservatrices : « changements apportés en vue du rétablissement d'une forme primitive ou ancienne! » Alors pas de changement ? Non, une régression sociale. Et ça n’est pas surprenant de la part des gens de droite, qui – faut-il le rappeler – ne prétendent pas laisser le pouvoir aux citoyens.

 

Mais là où intervient la falsification, le « déplacement » argumentatif, c’est lorsqu’on observe que dans l’histoire politique, les réformistes ne sont pas des conservateurs. Ce sont des socialistes qui veulent améliorer le sort du peuple. Ils veulent le faire par le biais de réformes, plutôt que par la révolution. Et ils ont tort ! Car on va jusqu’à travestir leurs idées, jusqu’à les récupérer pour servir une cause parfaitement opposée. Les publicités Leclerc récupèrent mai 68, et en détourne le sens. 68 ? Mais c’est : « crève Leclerc », l’usurier dans Germinal, ça ne lui dit rien à ce vil tueur de gosses dans le tiers-monde ! Il voudrait faire admettre que 68, c’est une révolution capitaliste ? Certains le croient peut-être… Et le bourreau, ça devient l’Etat, que les élus actuels ont pour mission de piller avant de disparaître.

Mais l’Etat, c’est nous !

Enfin, la réforme opère des « changements profonds réalisés sans violence dans le cadre institutionnel existant. »

Récemment, on a pu constater que ces « changements profonds » était destinés à supprimer « les cadres institutionnels existants. »

Et non sans violence ! J’aimerai savoir si l’ouvrier qui voit son usine délocalisée, les emplois accaparés par une main d’œuvre importée et largement sous payée, qui se voit offrir une reconversion à cent euros par mois dans une Roumanie médiévale, qui devra payer l’école de son enfant (pas l’école privée où son patron envoie le fiston ! Celle-là, bien que pourvue de professeurs rémunérés par ses propres impôts, il n’y a pas droit avec son salaire de polonais !) et qui finira par mourir sans soin d’un cancer que l’insouciance écologique des pouvoirs publics aura largement contribué à créer, ne se sent pas victime de violence…

 

Mais bien entendu, il y a une acception « aquoibonniste » de la réforme. Celle qu’on attend et qui n’est pas possible… Ah bon ? Ce n’est pas possible ? pourtant les ouvriers français sont encore aujourd’hui protégés par des lois sociales, n’en déplaisent à messieurs les folliculaires, ils ont encore le droit de manifester leur opposition. C’est vrai qu’ils « prennent la France en otage », pauvre Marianne, on dirait qu’il vont abuser d’elle devant le Président ! Quelle horreur !

Cependant, le mot « otage » est bien mal connoté, il est issu du vocabulaire de la criminalité ! Alors que la grève est un droit ! Voilà comment, relayé par des médias sans scrupules (et peu lettrés !) un homme qui – ironie du sort – s’esquive quand il lui faudrait comparaître au tribunal, fait passer le citoyen dans son droit pour un dangereux terroriste ! Notre menteur a de beau tours dans son sac ! Il est inspiré par son homologue américain !

 

 

 

Quant aux peuples, ils s’amusent à rêver qu’on peut encore réformer la société… Pour la rendre meilleure.

 

A force de manipuler l’opinion, en semant la confusion dans les mentalités, il se pourrait bien qu’en fait de réforme, on assiste bientôt à une révolution…

 

E.A.

 

 
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